parfois on se réveille avec un mot en tête. pour moi, ce matin, ça a été sourire. je ne sais pas pourquoi, je ne crois pas en avoir rêvé. peut-être m’attendait-il depuis longtemps pour réparer l’injustice qu’il subissait.
le sourire ne se place pas en dessous du rire. il n’est pas un ersatz, une copie pas réussie, un produit de remplacement. il s’agit de deux catégories parfaitement distinctes. l’adverbe n’est pas un sous-verbe et l’oiseau n’est point un sous-mammifère. le rire est païen, convulsif, éminemment social, dionysiaque. le rire ressemble à l’effet d’une drogue, il est exclusiviste pour avoir la qualité de nous faire oublier tout le reste, il a une force centripète et il fait du bruit…à l’opposé, le sourire est suave, délicat, complice. il naît facilement en solitude. il n’est pas souvent frontal et agit en silence. en fait les deux n’ont presque rien en commun.
en souriant je me suis aperçue que chaque mot a été écrit par quelqu’un. et que celui qui a écrit sourire n’a pas été assez inspiré, c’est tout. les écrivains de mots peuvent être timides ou extravagants, réalistes ou romantiques, bons ou pas..
en roumain nous avons emprunté la même erreur. mais il existe aussi le mot zîmbet (dont j’ignore l’origine, et que je préfère donc pour l’instant). et je me demande aussi pourquoi nous n’écrivons plus de mots. ce n’est pas comme si nous avions tout nommé. pourquoi nous ne pétrissons plus la pâte des lettres pour en sortir des mots vierges? est-ce de la timidité? de la gêne?
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